Suppressions de postes

Les banques françaises font-elles mieux que leurs concurrentes européennes ?

 Les établissements bancaires français semblent moins sensibles aux taux bas que d'autres banques européennes et n'ont pas subi de dégradation majeure de leur activité.

Deutsche Bank Towers à Frankfurt, en Allemagne

L'auteur

Revue de l'article

Le 20 septembre, Société Générale annonçait 530 suppressions de postes en France, en des 750 en France et 1 600 dans le monde déjà annoncées en avril. Cette communication vient s’ajouter à la longue litanie des coupes d’effectifs communiquées par les grandes banques européennes depuis le début de l’année : celles de Commerzbank (2 300 emplois dans le monde, en des 6 000 annoncés un an tôt), Deutsche Bank (18 000 d'ici 2 022), HSBC (4 000 emplois), Santander (3 200 en Espagne, 1 270 au Royaume-Uni), CaixaBank (plan de départs volontaires prévoyant une décrue de 2000 postes d'ici fin 2020), UniCredit (10 000 emplois qui, selon Bloomberg, s’ajouteraient aux 14 000 déjà supprimés en trois ans), ou BNP Paribas (500 postes dans sa filiale française de conservation de titres BP2S, 2 200 dans sa filiale belge BNP Paribas Fortis et 1 500 en Italie via un plan de départs volontaires).

Des risques bien maîtrisés

Plus modérées dans les chiffres annoncés, les banques françaises seraient-elles relativement épargnées par rapport à leurs concurrentes européennes ? Laurent Quignon veut mettre à part les « cas particuliers » que sont Unicredit, Deutsche Bank ou HSBC qui, outre l’environnement de taux bas, voient leurs activités affectées ou susceptibles de l’être par des facteurs spécifiques. Ainsi, Deutsche Bank n’est pas représentative des banques allemandes en raison de la prédominance de la banque d’investissement, dans son portefeuille d’activités, notamment aux États-Unis où elle avait fortement développé ses activités liées aux MBS, avant 2008. Outre le Brexit, ces tensions politiques et la matérialisation de la guerre commerciale sino-américaine ont contribué à assombrir les perspectives d’un géant bancaire comme HSBC. « Les banques françaises profitent d’un modèle d’activité diversifié, estime le responsable de l’équipe Économie bancaire de BNP Paribas : elles ne sont certes pas épargnées par l’environnement de taux bas ou la concurrence de nouveaux canaux de distribution, mais elles ne subissent pas les effets de facteurs spécifiques significatifs qui les affecteraient que d’autres. Elles présentent des marges d’intérêt relativement faibles, mais pratiquent largement le taux fixe. » Laurent Quignon rappelle que « même si les conditions sont susceptibles d’être renégociées par une partie de la clientèle, les revenus d’intérêts profitent d’une relative inertie ». En outre, « la part des financements de marché étant élevée en France, les revenus bancaires pâtissent moins du renouvellement, à un coût inférieur, de leur dette financière par les corporates. Ces caractéristiques tendent à rendre les banques françaises légèrement moins vulnérables à ses effets. » Enfin, le coût du risque des banques françaises se maintient à un niveau particulièrement bas. « Dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale, cela reflète non seulement la relative tenue de la croissance hexagonale (+1,2 % attendu en 2019) au regard de celle d’autres grands pays de la zone euro (+0,4 % en Allemagne, +0,1 % en Italie), mais aussi des critères d’octroi de crédit prudents, principalement fondés sur les revenus. », observe Laurent Quignon. La pyramide des âges du secteur bancaire français facilite aussi la gestion des ressources humaines : il est facile d’anticiper les vagues de départs en retraite que de construire des plans de départ.

 

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet